5 ANS APRES « L’OPERATION DIGNITE » L’ancien adjoint de Mathias Doué sort de sa réserve
Soir Info-21/12/2009
Col Kadio Miézou : ‘’Mes rapports avec Mathias Doué, Yao Yao Jules,…’’
Mon Colonel, vous avez pratiquement disparu de la circulation. Que devient l’ancien chef du Coia ? Kadio Miezou : Je suis là . Je ne suis plus un fonctionnaire affecté à une occupation au niveau de l’administration centrale ; je suis désormais conseiller de mes chefs traditionnels au village. Je me tiens à leur disposition pour le travail qu’ils voudraient bien me confier. Pour être plus précis, je cultive mon jardin qui, dans le cas d’espèce, va des occupations familiales à la gestion d’une communauté villageoise. J’occupe mon temps entre mes plantations, (c’est ce que je fais de mieux après l’armée) et la chefferie traditionnelle de ma région natale. Une communauté de 5 000 âmes comme Zouhounou mon village natal, a besoin d’être gérée avec le soutien de tous. Voilà ce que devient le Colonel Miézou.
Vous avez dirigé au plus fort de la crise, les opérations au sein des forces armées. Que s’est-il passé réellement en 2004 avec l’opération ‘’ Dignité ‘’ qui a provoqué votre départ ? K.M : Il ne s’est rien passé. Je ne veux pas répondre à cette question.
Est-ce parce que votre mission était accomplie ou êtes-vous parti à cause des divergences de vue ? K.M : Je tiens à ne pas répondre à cette question
Des regrets peut-être ? K.M : Non pas du tout. Un bon chef militaire ne doit avoir ni d’état d’âme ni de ressentiment. Il doit se poser la question essentielle de savoir s’il a fait ce qu’il fallait quand il était aux affaires de l’Etat.
Etes-vous à la retraite ? K.M. : Je suis en réserve de la République
Que voulez-vous dire ? K.M. : Dans notre jargon, cela veut dire qu’on vous a confié des responsabilités et qu’à un moment donné, on les a retirées. Ce n’est pas pour cela que vous êtes exclu de l’armée. Mais sachez qu’on peut travailler un jour et travailler pour toute l’année.
Colonel, on vous a annoncé en exil, que s’est-il passé ? K.M. : A ceux qui m’ont annoncé en exil je pense avoir répondu. Je leur laisse la responsabilité de leurs propos. Nous utilisons tous la langue de Molière et chaque mot a son sens. Ils gagneraient à apporter les preuves de ce qu’ils avancent parce que je n’ai jamais été en exil. Le serais-je par rapport à quoi ? A mon pays ?
Votre sécurité n’a pas été menacée après l’aventure de 2004 ? K.M. : Non. Je ne vois pas pourquoi, elle le serait. Je pense avoir correctement fait mon travail. Le premier ministre Guillaume Soro qui a revendiqué officiellement le secrétariat général de la rébellion est entré dans la République et circule tranquillement aujourd’hui. Il en est de même pour plusieurs autres personnes qui ont commis des actes d’atrocité qui vivent tranquillement. Pourquoi serai-je menacé, moi qui n’ai rien fait contre la Côte d’Ivoire ?
Quels sont actuellement vos rapports avec vos frères d’armes comme Yao Yao Jules ? K.M. : J’ai des rapports très cordiaux avec eux. Avec Jules j’ai des rapports très particuliers qui ne datent pas d’aujourd’hui. Nous sommes co-légionnaires et si d’aventure nous nous retrouvions, nous garderons les mêmes rapports tout comme avec ceux qui sont aux affaires aujourd’hui.
Et avec le Général Mathias Doué votre ancien supérieur hiérarchique ? K.M. : Vous parlez de qui ? Il est dans quel monde ? Vous dites bien qu’il ‘’était ‘’ mon chef hiérarchique. Depuis que nous sommes partis de l’Etat Major, je n’ai plus eu de rapports avec lui. Comment voulez-vous que j’aie des rapports avec quelqu’un qui est en rupture de banc avec ce qu’il a incarné le mieux, c’est-à -dire diriger un état major ?
Vous avez été tout de même son adjoint ? K.M. : Bien sûr que j’ai été son adjoint mais nous étions dans une phase de gestion bien définie. A partir du moment où chacun est parti de son côté, comment voulez-vous que j’aie des rapports particuliers avec lui ? Je n’ai pas eu de rapport avec qui que ce soit et je n’entends pas en avoir.
Doit-on comprendre que vous n’aviez pas de bons rapports au moment où vous collaboriez avec lui ? K.M. : Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de rapports après notre départ, c’est totalement différent. Je reconnais toutefois que sur certaines décisions, je ne partageais pas son point de vue. Et aujourd’hui, il peut comprendre que j’ai eu raison à un moment donné.
Doit-on comprendre que vous n’étiez pas d’accord pour l’opération ‘’ Dignité ‘’ ? On se rappelle qu’en 2003 déjà vous aviez proclamé la fin de la guerre avec les forces nouvelles. Pourquoi avez-vous repris les hostilités ? K.M. : Vous savez dans le domaine militaire et dans bien d’autres secteurs, c’est une question de hiérarchie et lorsque le chef décide, vous n’y pouvez rien. Il faut assumer. Nous avons engagé une opération qui a mal tourné. Il faut à présent tourner la page.
Quel est le regard que vous portez sur la crise ivoirienne avec ce recul ? K.M. : Comme tous les Ivoiriens, je souhaite que la côte d’Ivoire retrouve sa normalité. Ce que nous vivons est inconcevable pour notre pays. Nous avons une place dans le concert des nations que nous devons retrouver et préserver. Il faut éviter de demeurer constamment dans la culture de l’antagonisme en Côte d’Ivoire. Un antagonisme qui du reste, est de façade. Nous sommes tous les enfants d’un même pays et nous avons le devoir de mener ce pays à la prospérité. Il est heureux que, lorsque nous étions aux affaires, nous ayons pu nous asseoir pour parler. Aujourd’hui, nous en sommes avec les accords de Ouaga. Les acquis qui ont été enregistrés ont besoin d’être fortifiés. En ce qui me concerne, je suis optimiste quant à la sortie de crise. Je vais peut-être vous surprendre en vous disant qu’il faut éviter d’être obnubilé par les dates. Il faut prendre le temps de résoudre les problèmes car pour que des frères arrivent à se tirer dessus, c’est que le problème était suffisamment grave. Le problème de la Côte d’Ivoire ce n’est seulement de se trouver un président de la république.
Que pensez-vous particulièrement de l’harmonisation des grades qui pose encore problème ? K.M. : Je n’ai aucun regard particulier. Je pense que les commissions qui ont travaillé ont tenu compte de tous les éléments pour régler au mieux cette question dans l’intérêt de tous.
Vous ne vous sentez pas frustré de voir certains monter de grade de façon fulgurante ? K.M. : Vous êtes venu me trouver sur mes terres dans mon village et vous avez pu constater vous-même les conditions dans lesquelles je vis (En plus de ses plantations et de plusieurs réalisations immobilières, il est propriétaire terrien et dispose de plusieurs centaines d’hectares de forêt, ndlr). Je suis colonel et je vous informe que je suis promotionnaire du général Kassaraté (Commandant supérieur de la gendarmerie, ndlr) à l’Ecole supérieure de guerre de Paris dont je suis diplômé. Qu’est ce que cela peut me ‘’ foutre ‘’ qu’on nomme un Caporal, Commandant ? Il n’y a aucun problème à mon niveau. Le grade ne vaut que par le travail de l’individu qui le porte. C’est une question de responsabilité. Si quelqu’un est Commandant et qu’on lui donne le travail de Commandant et qu’il arrive à l’effectuer, comment voulez-vous que cela me gène ?
Vous qui avez participé à un moment aux discussions, comment voyez-vous le désarmement ? K.M. : En 2003, nous avions effectivement abordé le sujet. Je ne me rappelle plus ce que nous avions arrêté à l’époque mais je pense que de facto, le désarmement se fera de lui-même. Les jalons sont posés, il s’agit de s’entendre et d’avoir confiance et c’est cette confiance qui doit être cultivée.
Un mot sur la crise en Guinée ? K.M. : C’est déplorable. La Guinée est un pays qui a d’énormes potentialités. Malheureusement, depuis 1958, ce pays n’est pas sorti de l’ornière. C’est dommage qu’on en soit arrivé à ce gâchis, on pouvait éviter cela.
Zéphirin NANGO (Correspondant régional)
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